Sur le web mondial, des milliards de pages d’informations sont aujourd’hui disponibles à la consultation. Il y a là bien des réponses à bien des questions… Mais comment trouver la réponse correcte à une question précise ? Comment formuler cette question de manière pertinente ? Comment choisir, trier, hiérarchiser les réponses ? Comment extraire de cette masse multiforme ce qui me concerne, m’intéresse, et éliminer ce qui ne convient pas ?
Dans la Bibliothèque de Babel, l’écrivain argentin Jorge-Luis Borges décrit un monde, une bibliothèque, dans lequel la vie est une dérive, une consultation sans fin… Internet ressemble un peu à cette bibliothèque que décrit Borges : des milliards d’informations y circulent en permanence, et chacun peut y dériver dans une quête sans limites.
Heureusement qu’il y a les annuaires et les moteurs de recherche : Google , Yahoo ! , AltaVista , Voila , etc., ces logiciels de collecte d’informations à partir de mots-clefs sont des outils puissants et efficaces. Ils permettent d’accéder, avec logique et méthode, à d’immenses quantités de savoirs, mais ils ne sont pourtant pas la solution miracle. Leur fonctionnement est en effet principalement financé par la publicité, notamment par affichage d’annonces commerciales correspondant aux mots-clefs recherchés par le visiteur. Selon les moteurs de recherche, cette publicité s’affiche de deux manières :
soit en encart séparé – comme une publicité classique –,
soit de manière plus insidieuse en l’intégrant aux résultats même de la recherche – sous forme de liens commerciaux plus ou moins identifiables…
Ce qui se fait bien évidemment au détriment de la pertinence des résultats. Pourtant, aujourd’hui, la quête sur l’Internet est, pour nombre d’élèves, la solution miracle à tous leurs problèmes de recherche d’informations : on saisit un mot, et voici, en deux ou trois clics, tout en vrac, un stock conséquent de documentation immédiatement disponible, en un tournemain, comme par magie.
En quelques années, Internet est ainsi devenu la principale source d’information des élèves pour leur travail scolaire. « Pour nos lycéens et nos étudiants, c’est la grande loterie du savoir, écrit le chercheur Pascal LARDELIER dans son enquête sur les pratiques numériques des ados (Le pouce et la souris, Fayard 2006). Plus besoin de se déplacer et d’aller à la bibliothèque ou à la médiathèque, plus besoin d’acheter les livres, et d’ailleurs, plus besoin de les lire. On « copie-colle » des résumés, des petits fragments glanés sur le Net, et le tour est joué. »
Accéder à l’information est une chose. Savoir valider et interpréter les résultats, se les approprier pour construire son propre discours en est une autre… Et pour cela, la fonction « copier- coller » de l’ordinateur ne suffit pas !
« L’information n’est rien si elle ne devient pas savoir et culture, explique Joël de ROSNAY (cahiers pédagogiques nº362, mars 1998). Il nous faut apprendre à "naviguer". Ce terme est important. Naviguer veut dire tenir un cap, tenir compte des courants, des vents, savoir hisser la voile au bon moment, savoir lire une carte, un sonar, un radar… ».
Savoir naviguer, c’est cette capacité à conduire son embarcation, à suivre sa route, avec une destination définie, un but à atteindre… Ce qui n’est pas la même chose que se laisser porter par la vague ! « Je préfère le terme éducation à l’information à celui de recherche documentaire qui était plus adapté, me semble-t-il, aux documents imprimés, explique pour sa part Pierre LACUEILLE, conseiller auprès du recteur de l’académie de Bordeaux pour les TICE . On cherche un document d’accord, mais pour en faire quoi ? ».
L’éducation à l’information suppose donc d’ajouter aux compétences de base telles que lire – écrire – compter, celle de savoir chercher, évaluer et utiliser l’information, cette capacité à donner du sens à l’information pléthorique, éparse et hétérogène qui compose notre environnement à la fois personnel, culturel, social et professionnel…
« Il faut, écrit Pascal LARDELLIER, [apprendre à] remettre ces informations dans une perspective originale : ce que l’on appelle, à l’université, la problématisation. Ce qui nécessite du discernement, du recul critique, et bien évidemment l’échange avec les autres… ».
Grâce à leur ordinateur portable, les collégiens landais disposent, en permanence, de sources d’information de plus en plus nombreuses et diversifiées (dictionnaires, encyclopédies, atlas, etc.). Internet leur autorise l’accès à un réservoir immense dans lequel il est parfois difficile de s’orienter. Pour les aider à acquérir les savoirs et compétences nécessaires, les CDI (Centres de Documentation et d’Information) des collèges, et les professeurs documentalistes sont aujourd’hui en première ligne. C’est une loi datant de 1989 qui a instauré le statut d’« enseignant documentaliste », ce qui a permis de faire reconnaître comme des enseignants à part entière ceux qu’on appelait jusqu’alors « bibliothécaires documentalistes ».
Vingt ans après, le métier a évolué, notamment avec l’apparition et la diffusion des TICE. Et dans le même temps, les exigences de la société ont conduit à réévaluer le rôle et la place de la formation à l’information. « Il est patent que des fonctions dévolues autrefois au bibliothécaire ou au documentaliste se sont déplacées vers l’utilisateur, écrit Isabelle FRUCTUS, présidente de la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale
(L’actualité éducative, N° 437). La capacité à s’informer est devenue une compétence exigée à tous les niveaux professionnels, et nécessaire à l’exercice de la citoyenneté dans un contexte démocratique.
»
Chacun d’entre nous pourrait s’inspirer utilement de ces quelques principes préconisés pour mener une recherche documentaire au collège :
cerner le sujet,
chercher les sources d’information,
sélectionner les documents,
prélever l’information dans les documents,
traiter l’information,
communiquer l’information…
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