Bilan des Rencontres TICE Ille-et-Vilaine Avril 2007

Pour la seconde année, le Conseil général d’Ille-et-Vilaine , en partenariat avec l’Inspection académique et la direction de l’enseignement catholique du département, avait organisé, le 25 avril dernier à Rennes, une journée autour des «usages pédagogiques des Tice au collège ». Plus de 250 personnes des « deux écoles » ont participé à ces rencontres qui mêlaient ateliers pratiques, démonstrations de matériels, et conférences plénières. Revenons sur deux d’entre-elles. Par Pierre Louis GHAVAM.

Prévention ou répression ?

«La direction informatique du Rectorat de Rennes a, de bon matin, un peu surpris l’auditoire par une présentation très marquée sur le «Comment surfer sur l’Internet en toute sécurité ? », avec une présentation détaillée des risques et des dangers du net au regard de la loi, illustrée avec quelques exemples rarissimes de faits malheureusement réels, et en n’évoquant qu’en conclusion les missions de prévention et d’éducation de l’École dans l’accompagnement des jeunes pour se prémunir contre ces menaces (programme Educaunet et B2i). Le sujet est sensible car s’il faut bannir l’angélisme, et ne pas laisser croire que ça n’arrive qu’aux autres, il n’est pas non plus raisonnable de se laisser envahir par la peur d’internet, de contribuer à celle-ci et de se retrancher derrière les grilles du sanctuaire. L’éducation ne doit-elle pas donner les bonnes clefs à ce public spécifique d’adolescents, qui construit sa personnalité en s’opposant classiquement aux discours «sérieux» des adultes? Doutant que la lecture du code pénal et de la liste des infractions ait une grande efficacité sur ce public, ne convient-il pas, avant tout, de leur apprendre à faire attention à leur sécurité personnelle, par exemple en ne transmettant pas sa confiance à ceux qu’il ne connaît pas ?

La sociabilité connectée des adolescents est réelle, et elle est réfléchie !

Ils s’appellent Céline METTON-GAYON, Hélène DELAUNAY-TETEREL et Cédric FLUCKIGER et paraissent moins de trente ans. Ils viennent de soutenir leurs thèses, à l’ École des hautes études en sciences sociales , ou sont en passe de le faire. Leurs recherches, soit en sociologie, soit en sciences de l’éducation, sont financées par France Telecom R & D et portent sur les usages personnels des adolescents avec les différents outils de communication d’internet (messageries, tchat ou blogs).
Tous les trois ont apporté un éclairage passionnant sur les pratiques de ces jeunes dans les différents collèges ou lycées dans lesquels ils ont enquêté – comme d’ailleurs à l’extérieur des établissements, car les outils de communication sont désormais partout : totalement intégrés, ils participent de l’émancipation et de la construction de l’adolescent d’aujourd’hui. Apportant davantage d’autonomie, ils remplissent leurs attentes pour «devenir [des] grands ». Par rapport à la précédente communication, il était frappant d’entendre des chercheurs expliquer que les jeunes savent très bien faire la différence entre tous ces moyens de communication, et qu’ils en connaissent les avantages comme les inconvénients : le téléphone fixe est le plus économique mais il est d’un usage familial de surcroît contrôlé par les parents. Le téléphone portable, a contrario, est un outil personnel dont la mobilité constitue le principal avantage. Son obstacle majeur, c’est le coût prohibitif des appels, d’où une rationalisation des messages et l’adoption des SMS avec l’apparition de codes et normes (nouvelle écriture phonétique). «Les textos sont pour des usages délirants, pour des liens emphatiques, ou encore pour communiquer en cachette des parents parfois jusque dans son lit… » Sortis de l’école, pour ne pas rompre les liens avec leurs amis ou camarades de classe, les adolescents utilisent tous les moyens de communication disponibles, mais il faut noter que l’internet ne vient qu’en complément du téléphone portable qui reste vraiment de très loin L’outil privilégié de cette génération.

Céline METTON a souligné le fait que le jeu de la séduction, dans un contexte de mixité, est amélioré via internet, et de citer une ado interrogée : «Un garçon, avec ses copains ce n’est pas possible de communiquer avec lui tant qu’il est à l’intérieur du groupe… Avec internet, c’est un individu qu’on peut séduire et qui peut se dévoiler sans faire honte au groupe ».

De tous les outils du Net, c’est la messagerie instantanée (type MSN , Yahoo Messenger , ICQ , etc.) qui a le plus d’émules. Dialoguer dans un groupe où l’on est obligatoirement coopté par ses pairs (sociabilité élective), c’est vraiment le plus de la messagerie instantanée. Si avec des outils de type MSN , on est choisi pour entrer dans un cercle conversationnel, en revanche le tchat est ouvert et anonyme. Les deux pratiques sont connues par les ados mais, d’après les chercheurs, extrêmement différenciées: MSN c’est pour les amis, les tchats sont utilisées pour élargir les horizons , à l’extérieur du groupe, car, à la différence de la messagerie instantanée, ces lieux de discussion virtuels sont ouverts à tous (sans cooptation).
L’usage d’un pseudonyme est obligatoire et le travestissement extrêmement fréquent. C’est sur le tchat qu’on exprime sa puberté et ses problèmes : ici on pose des questions, sans avoir honte ou peur d’être jugé . On explore les coulisses du monde adulte via des avatars , des pseudos ou des blazes «On fait style, on s’invente une personnalité… et on teste ». Sur internet, on se travestit également pour tester les habitudes de l’autre sexe, pour y tester ses argumentaires de séduction, ou simplement pour connaître les mots de séduction du sexe opposé . On se vieillit également très souvent . Ce qui m’a intéressé dans de ces communications c’est de constater que comme à notre époque, les adolescents veulent vieillir, grandir, acquérir davantage d’autonomie… Ils recherchent les informations « des grands » pour trouver des repères essentiels dans leur vie amoureuse, mais également dans d’autres aspects de la construction de leur personnalité. On n’avait pas internet, mais j’ai l’impression qu’on faisait la même chose. »

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