"Pour l’enseignement des Lettres, les nouvelles technologies et l’usage des réseaux sont d’un enjeu fondamental
non seulement parce qu’ils contribuent au renouvellement de la discipline
et au développement de nouvelles pédagogies
, mais parce qu’ils remettent le Français au centre d’un processus d’apprentissage
plus général qui implique l’acquisition de compétences nouvelles par les élèves – ou tout du moins approfondies et renouvelées – liées au monde dans lequel ils évoluent
."
"(...) l’ordinateur se présente comme un outil facilitant
considérablement la tâche de grands producteurs et usagers de l’écrit que sont les professeurs de Lettres : clarté et lisibilité, structuration de la pensée, meilleures organisation et formalisation du cours, reproductibilité et perfectibilité des documents, possibilités d’illustrations, d’annotations, de citations,
etc. Les facilités et la souplesse offertes par l’informatique, la démultiplication des possibilités d’écriture
et de mise en forme
apportent plus qu’un confort à l’enseignant : c’est un plaisir réel
, qui se transmet aux élèves, se transformant inévitablement, malgré la dépense de temps et d’énergie investis au départ, en amélioration de l’efficacité sur le plan didactique, voire chez certains d’entre eux en enthousiasme pédagogique
."
"Libéré des contraintes traditionnelles de la page (et du livre), le texte en particulier ne se présente plus comme un objet de lecture linéaire mais comme le noeud d’un réseau (autres textes, images, références culturelles, etc.) et comme un univers lui-même traversé d’itinéraires intérieurs que l’outil informatique permet de repérer et de mettre en évidence
(par le biais de l’indexation ou de toutes les formes d’analyse que permet l’outil). Il peut être à tout moment retravaillé, décortiqué ou au contraire étoffé, élargi, mis en perspective
; l’exploitation qu’on peut en faire sur le plan pédagogique est infinie. Ces possibilités sont dues à la nature du support dont le caractère essentiel est qu’il fait apparaître, émerger sur un écran, des objets qui ne sont ni linéaires ni figés, mais « multilinéaires », c’est- à-dire à plusieurs dimensions et en perpétuel mouvement. La lecture est une sorte d’avènement continu, engendré par une série d’opérations et de gestes qui engagent le lecteur. C’est pourquoi l’élève face à un écran est mis d’emblée en position d’activité et d’autonomie
et, quel que soit le degré de préparation du cours par le professeur, il a le sentiment d’intervenir lui-même dans le déroulement des apprentissages
.
"
"Les productions écrites des élèves sont donc des variations diverses avec la possibilité de créer tout type et tout genre de textes, grâce à l’apport d’Internet. Sans en avoir réellement conscience sur le moment, les élèves mettent en oeuvre une perception esthétique obtenue de manière empirique par le travail de l’écriture elle-même, grâce à un outil qui la libère des carcans scolaires traditionnels. Le principe de l’hypertextualité en particulier, qui peut aussi intégrer l’image et le son, en brisant les contraintes traditionnelles de la page permet une grande liberté dans l’architecture générale du travail
. Cette démarche que l’enseignant qualifie de « jubilatoire » est d’un enjeu fondamental pour la discipline. Selon les enseignants interrogés, cette jubilation est trop souvent absente du cours de français où il y a volontiers une austère et préjudiciable sacralisation du texte
: « Ici on joue avec les mots, la langue, on s’autorise l’irrévérence à l’occasion, on cultive la parodie et les jeux formels : le langage littéraire devient familier – et objet de plaisir ». "
"Selon un enseignant
, « les environnements numériques, dès lors qu’on les utilise à des fins de production, permettent aux élèves – notamment à ceux qui en
doutaient – de mesurer de façon assez immédiate combien ils savent faire de choses, de belles choses dans un cadre scolaire
. Ils mesurent également combien il est aisé d’améliorer leur produit sans que cette tâche ne devienne rebutante
: les retouches, mêmes importantes, ne remettent pas en cause le travail déjà abouti. Or ce « re-travail » est très difficile à obtenir dans des conditions traditionnelles d’enseignement,
ou, si on l’obtient, il est souvent peu profitable, notamment aux élèves qui en auraient le plus besoin, car il leur paraît fastidieux en même temps qu’il les remet face à leurs erreurs, souvent interprétées comme échecs personnels. L’outil permet donc de rendre sensible la perfectibilité sans laquelle il n’y a pas de formation efficace, et de lutter contre un fatalisme souvent puissant chez les adolescents. ».
"Il ne fait pas de doute que les besoins qui émergent aujourd’hui de la société de l’information mettent sur le devant de la scène plus que jamais ces compétences développées par les « littéraires »
: maîtrise des langages, à l’écrit et à l’oral, des outils de communication, capacité à trier, analyser, résumer, synthétiser, classer, archiver, hiérarchiser les informations, faculté d’invention et créativité, adaptabilité
…, toutes qualités à la mesure d’une société en rapide et constante mutation. L’accès aux documents (moyens et méthodes), la réflexion sur le statut et la nature des textes, la prise en compte de la forme et du support pour la construction du sens, sont depuis longtemps du ressort de l’enseignement des Lettres, mais une pratique parfois sclérosée de la discipline liée à une conception étroite de l’étude des textes avait pu faire perdre au Français cette dimension formatrice fondamentale."
"Quand les élèves d’une classe deviennent les co-auteurs d’une production collective, ils s’entraident, forment des équipes, et, si l’on en croit leurs professeurs, e montrent plus solidaires. Dans une classe de Première ES que la mission a visitée, les rivalités fréquentes entre des élèves de niveaux hétérogènes tendent à s’effacer
: « ils reconstituent des blocs (entre élèves de niveaux différents), se mettent au service les uns des autres, échangent leurs astuces… L’ambiance de la classe s’en trouve totalement modifiée »."
"(...) dans un lycée visité, tous les professeurs de Lettres qui ont recours à l’informatique travaillent en équipe, se dépannent et s’informent mutuellement, échangent des données, se font part de leurs expériences et projets pédagogiques
."
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